En avril 1860, les habitants de Nice ont voté. La question était simple : rester sous l’autorité du royaume de Sardaigne, ou rejoindre la France. Le résultat officiel est écrasant : 83 502 voix pour le rattachement, 235 contre. Nice est devenue française le 14 juin 1860, soit quarante ans après que les Anglais aient commencé à construire sa promenade.
La ville la plus connue de la Côte d’Azur n’est française que depuis cent soixante-six ans. Avant ça, elle a été grecque, romaine, savoyarde, sarde. C’est cette accumulation, visible depuis la mer à travers la silhouette de la colline du Château, qui donne à la Baie des Anges son étrange densité.
Nikaia : les Grecs avant les Français
Les mêmes Grecs de Marseille qui ont fondé Antipolis – la future Antibes – ont fondé Nikaia au IVe siècle avant Jésus-Christ, sur la colline qui surplombe le bord de mer. Le nom vient de Niké, déesse de la victoire, après une bataille contre les Ligures. Ils avaient choisi le site pour les mêmes raisons qu’à Antibes : une position dominante, une baie naturelle, une profondeur suffisante pour les navires.
Les Romains, eux, ont préféré Cemenelum, aujourd’hui le quartier de Cimiez, sur les hauteurs de Nice. C’est là qu’ils ont bâti l’essentiel de leur présence : un amphithéâtre, des thermes, un forum. Les vestiges sont encore visibles dans les jardins de Cimiez. La côte était laissée aux pêcheurs. La logique urbaine, elle, n’a pas vraiment changé depuis : les hauteurs dominent toujours la baie.
Le comté de Nice et la Maison de Savoie
En 1388, Nice se place sous la protection de la Maison de Savoie. Ce n’est pas une conquête : c’est une demande. La ville choisit les Savoyards parce qu’ils semblent capables de garantir l’ordre et la prospérité. Le comté de Nice restera savoyard, avec deux courtes interruptions françaises pendant la Révolution et sous Napoléon, jusqu’en 1860.
C’est sous les Savoyards que le vieux port de Nice – le port Lympia – est construit, à partir de 1745. Un port aménagé dans la baie à l’est de la colline du Château, abrité par la masse rocheuse. C’est depuis ce port, aujourd’hui encore animé par les ferries pour la Corse et les voiliers de passage, qu’on prend la mesure réelle de la colline, la masse de rocher qui a protégé la ville depuis les Grecs.
1820 : les Anglais construisent la promenade
Au début du XIXe siècle, Nice est toujours sarde. Mais les aristocrates et les bourgeois anglais ont découvert que l’hiver y est doux, incomparablement plus doux que Londres. Ils arrivent par centaines, puis par milliers, pour y passer les mois froids. Une colonie anglaise s’installe durablement dans la ville.
En 1820, la communauté anglaise finance la construction d’un chemin le long de la plage, un espace pour la promenade hivernale, face à la mer. Les Niçois l’appellent immédiatement le « Camin dei Inglesi » : le chemin des Anglais. La Promenade des Anglais. Ce nom, qui est aujourd’hui celui de l’une des avenues les plus connues du monde, rappelle une vérité que Nice n’affiche pas beaucoup : sa célébrité internationale a été construite avant qu’elle ne soit française.
La reine Victoria y séjournait régulièrement dans les années 1890, à l’Hôtel Regina de Cimiez. Les Russes ont suivi, une communauté aristocratique importante s’est établie à Nice au XIXe siècle, suffisamment grande pour justifier la construction de la cathédrale Saint-Nicolas, consacrée en 1912 et toujours la plus grande église orthodoxe russe d’Europe occidentale.
1860 : Nice devient française, et Garibaldi furieux
Le traité de Turin de 1860 est une transaction politique entre Napoléon III et Victor-Emmanuel II. La France soutient l’unification italienne. En échange, la Savoie et le comté de Nice passent à la France. Le plébiscite donne un résultat écrasant : 83 502 pour le rattachement, 235 contre. Nice devient française le 14 juin 1860.
Giuseppe Garibaldi, héros de l’unification italienne, est né à Nice en 1807. Il ne pardonnera jamais ce rattachement, sa ville natale donnée à la France comme monnaie d’échange, quelques mois avant qu’il ne contribue à unifier l’Italie. C’est l’une des ironies les plus denses de l’histoire de la Riviera : le plus grand patriote italien est né dans une ville qui a choisi de ne pas être italienne.
La Baie des Anges depuis un bateau
Depuis la mer, Nice se révèle dans sa continuité géographique. La Baie des Anges s’ouvre en arc vers l’ouest, de la colline du Château jusqu’aux côtes d’Antibes, une vingtaine de kilomètres de littoral que les bateaux couvrent en longeant la côte depuis le large. La Promenade des Anglais s’étire sur sept kilomètres, bordée de la ligne des façades pastel qui donnent à la vieille ville sa couleur reconnaissable. La colline ferme la baie à l’est, avec le vieux port dissimulé dans son ombre.
C’est depuis la mer qu’on comprend la logique des bâtisseurs. La colline est à la fois promontoire de surveillance et abri naturel pour le port. La baie est assez profonde pour les bateaux, assez ouverte pour la lumière. Les hivernants anglais qui ont bâti leur promenade face à la mer n’avaient pas tort sur l’essentiel : c’est depuis le bord de l’eau que la ville est la plus belle.
Le mouillage dans la Baie des Anges est possible face à la promenade, et par mer calme, c’est l’une des vues les plus saisissantes de la Riviera. À la tombée du jour, la Promenade devient une ligne continue de lumière face à la baie, les façades du Negresco prennent l’orange du soir. Mais la baie reste ouverte. Par vent d’est, le clapot s’installe vite et le séjour devient inconfortable. La stratégie habituelle : longer la côte depuis Nice, puis continuer vers la rade de Villefranche, nettement plus protégée, à vingt minutes à l’est.
Nice dans un itinéraire en bateau
Nice est l’une des grandes étapes de la navigation entre Cannes et Monaco. En partant vers l’est depuis la zone Nice – Monaco, la Baie des Anges s’ouvre derrière soi, la colline du Château rétrécit, et Villefranche apparaît au-delà du cap, sa rade profonde, ses maisons colorées, sa citadelle. C’est l’un des changements de décor les plus nets de la Riviera : en vingt minutes, on passe d’une baie ouverte à un abri naturel fermé.
L’itinéraire Nice – Villefranche – Monaco est notre programme phare au départ de Nice. Il longe la côte la plus dense historiquement de la Riviera : Nice et ses deux millénaires d’occupation, la rade de Villefranche et ses quatre siècles de convoitises militaires, le Cap Ferrat et ses villas cachées, et Monaco en point d’arrivée. Une journée, quatre territoires.
Depuis la mer, et seulement depuis la mer, on voit la Baie des Anges dans son entier. La courbe, les sept kilomètres de promenade, la ville qui s’étire sans interruption de la colline du Château jusqu’aux limites de l’aéroport. C’est la vue que les Grecs de Nikaia avaient depuis leurs navires. Rien, ni les immeubles, ni les siècles de changements de souveraineté, ne l’a vraiment modifiée.
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FAQ – Nice en bateau
Depuis quand Nice est-elle française ?
Nice est devenue française le 14 juin 1860, à la suite du traité de Turin entre Napoléon III et Victor-Emmanuel II. Un plébiscite a été organisé, 83 502 voix pour le rattachement à la France, 235 contre. Avant 1860, Nice était le chef-lieu du comté de Nice, sous souveraineté de la Maison de Savoie depuis 1388.
Pourquoi la promenade s’appelle-t-elle « Promenade des Anglais » ?
La Promenade des Anglais doit son nom à la communauté anglaise qui l’a financée en 1820, quarante ans avant que Nice ne devienne française. Les aristocrates britanniques, qui hivernaient à Nice pour son climat doux, ont fait aménager un chemin le long de la plage. Les Niçois l’ont immédiatement surnommé « Camin dei Inglesi », le chemin des Anglais, un nom qui n’a jamais changé.
Peut-on mouiller dans la Baie des Anges en face de Nice ?
Le mouillage est possible par conditions calmes, avec une vue directe sur la Promenade. Mais la Baie des Anges est une baie ouverte, moins protégée que la rade de Villefranche, à vingt minutes à l’est, qui reste le mouillage de référence sur cet itinéraire. La plupart des bateaux longent Nice et s’arrêtent à Villefranche pour la baignade et le déjeuner.
Quelle est la distance entre Nice et Monaco en bateau ?
Environ 45 minutes à 1 heure selon le bateau et les conditions. La navigation longe la côte, passe devant Villefranche-sur-Mer et la péninsule de Saint-Jean-Cap-Ferrat, puis entre dans les eaux monégasques. C’est l’un des itinéraires les plus denses de la Riviera, chaque cap ouvre une perspective différente sur la côte.
Qu’est-ce que la Baie des Anges ?
La Baie des Anges est la grande baie naturelle qui s’ouvre à l’ouest de Nice, en direction d’Antibes. C’est le cadre géographique qui a déterminé l’implantation de la ville depuis l’époque grecque, une baie suffisamment profonde pour les navires, suffisamment ouverte pour la lumière. Son nom apparaît dans les textes dès le Moyen Âge, sans que son origine exacte, légende de la sainte, poissons-anges aperçus par des pêcheurs, soit clairement établie.
