En 1981, dans la baie de Saint-Tropez, deux bateaux ont décidé de faire la course. L’enjeu : une bouteille de champagne. Le vainqueur a été oublié presque immédiatement. Ce qui a commencé comme un défi entre amis, à la fin d’une journée de navigation, est devenu quarante ans plus tard l’une des plus belles régates du monde.
Les Voiles de Saint-Tropez rassemblent chaque fin septembre plusieurs centaines de voiliers dans le golfe. Ce n’est pas un salon nautique. Rien n’est statique. Tout bouge. Et depuis un bateau au mouillage dans le golfe, la vue sur 300 spinnakers déployés simultanément n’a pas d’équivalent sur la Riviera.
Signac, la lumière, et l’arrivée par la mer
Saint-Tropez n’est pas devenue Saint-Tropez par hasard. En 1892, le peintre Paul Signac naviguait depuis Marseille quand il a fait escale dans ce petit village de pêcheurs. La lumière, très particulière dans ce golfe ouvert face au sud, entre les Maures et la mer, l’a arrêté. Il n’est plus reparti. Il y a construit un atelier, invité d’autres artistes. Matisse est venu en 1904, Bonnard, Derain, Cross.
Signac est arrivé par la mer, et c’est depuis la mer qu’il peignait le port, les voiliers, les pointus. Ce que Brigitte Bardot a transformé en 1956 avec « Et Dieu créa la femme », en attirant les magazines et les célébrités, c’est une ville que les artistes avaient déjà colonisée depuis soixante ans. Saint-Tropez était maritime avant d’être glamour. C’est cette culture ancienne qui explique aussi pourquoi l’une des plus belles régates du monde est née ici plutôt qu’ailleurs.
1981 : la bouteille de champagne qui a créé une régate
En septembre 1981, les équipages du Swan 44 Pride et du 12 Mètre Ikra se lancent un défi amical dans le golfe. L’enjeu tient dans une bouteille de champagne. La course est improvisée, du Club 55 jusqu’à la bouée au large, que les Tropéziens appelaient la Nioulargue. Le vainqueur sera oublié. L’idée, elle, ne disparaîtra jamais.
L’année suivante, d’autres bateaux ont voulu participer. Puis d’autres encore. L’événement prend le nom de sa bouée-repère : La Nioulargue. En 1999, il est rebaptisé Les Voiles de Saint-Tropez pour refléter son ampleur internationale. Aujourd’hui : plusieurs centaines de bateaux, deux catégories principales, voiliers classiques d’avant 1976, voiliers modernes de régate, et une semaine pendant laquelle le golfe entier devient un champ de voiles. La bouteille de champagne a bien vieilli.
Ce qui rend les Voiles différentes
Le Monaco Yacht Show expose des superyachts. Le Cannes Yachting Festival présente des bateaux à quai. Les Voiles de Saint-Tropez font courir des voiliers. La différence est fondamentale : les bateaux bougent. Ils partent le matin, reviennent le soir. Entre les deux, le golfe de Saint-Tropez devient une surface de course d’une quinzaine de kilomètres de large.
La catégorie classique est ce qui rend l’événement visuellement unique. Des bateaux construits dans les années 1920, 1930, 1950, des coques en bois, des gréements anciens, des lignes d’eau qu’on ne construit plus. Ce ne sont pas des bateaux de musée : ils naviguent encore comme ils ont été conçus pour naviguer. Certains ont été construits avant la Seconde Guerre mondiale et continuent de régater chaque année. En pleine course, spi dehors, dans le golfe de Saint-Tropez en fin de septembre, ils sont d’une beauté que les photos ne reproduisent pas vraiment. Il faut être là, sur l’eau, pour le comprendre.
Le golfe de Saint-Tropez depuis un bateau
Le golfe de Saint-Tropez est l’un des plus larges de la Riviera, neuf kilomètres de diamètre, abrité par le massif des Maures au nord, ouvert sur la mer au sud. Fin septembre, le thermique entre encore dans le golfe l’après-midi, suffisamment pour faire vivre les voiles sans casser la mer. Thermique régulier, mer encore chaude, lumière d’automne qui descend tôt derrière les Maures : les conditions sont généralement parfaites pour la régate et pour les spectateurs. Pendant les Voiles, le golfe se divise entre zone de course et zones de spectateurs, accessibles aux bateaux de passage dans les limites réglementaires.
Depuis un bateau au mouillage dans le golfe, l’expérience est radicalement différente de celle du quai. À terre, depuis la place des Lices ou les pontons, on voit la ville et quelques voiles au loin. Depuis le large, on est dans le décor : les spinnakers défilent à quelques centaines de mètres, les classiques glissent presque sans bruit, les modernes sifflent dans les rafales. En fin de journée, les voiliers rentrent sous spi réduit, le soleil tombant derrière les Maures. Pendant quelques minutes, tout le golfe devient orange. Le retour des classiques vers le port est presque plus beau que la course elle-même.
Les Voiles dans un itinéraire depuis Cannes
Saint-Tropez est à quarante milles de Cannes. Depuis Golfe-Juan ou Cannes, la route suit toute la corniche de l’Estérel depuis la mer, falaises rouges tombant dans le bleu, l’un des passages côtiers les plus spectaculaires de la Méditerranée, avant de basculer dans le golfe par le sud. L’itinéraire Saint-Tropez, golfe et Estérel couvre exactement ce trajet.
Une journée suffit pour l’aller-retour avec du temps dans le golfe pendant les courses. La logique : partir tôt, être dans le golfe pour les premières manœuvres du matin, rester pour voir les bateaux rentrer au port en début d’après-midi, reprendre la route vers Cannes avec l’Estérel comme décor du retour.
→ Organiser votre journée aux Voiles depuis Cannes ou Golfe-Juan
Assistez aux Voiles depuis le golfe
Au départ de Cannes ou Golfe-Juan. Deux heures de navigation, le golfe de Saint-Tropez en décor.
FAQ – Voiles de Saint-Tropez 2026
Quand se tiennent les Voiles de Saint-Tropez 2026 ?
Les Voiles de Saint-Tropez se tiennent chaque année fin septembre à début octobre, sur environ dix jours. L’édition 2026 devrait se tenir autour de la dernière semaine de septembre. Les dates officielles sont confirmées par la Société Nautique de Saint-Tropez (SNST) en cours d’année.
Quelle est l’origine des Voiles de Saint-Tropez ?
Les Voiles de Saint-Tropez sont nées en 1981 d’un défi entre les équipages du Swan 44 Pride et du 12 Mètre Ikra, pour une bouteille de champagne. La course improvisée, du Club 55 jusqu’à la bouée au large que les Tropéziens appelaient la Nioulargue, est devenue une tradition, puis une régate internationale. En 1999, elle a pris son nom actuel. Aujourd’hui, plusieurs centaines de voiliers y participent.
Peut-on assister aux Voiles de Saint-Tropez depuis un bateau ?
Oui. Le golfe de Saint-Tropez est accessible aux bateaux de spectateurs pendant les Voiles, dans les zones définies par les organisateurs hors zone de course active. Depuis un bateau au mouillage dans le golfe, la vue sur les voiliers classiques et les spinnakers est incomparablement meilleure que depuis les quais. C’est la meilleure façon d’assister à l’événement.
Quelle est la différence entre les voiliers classiques et modernes aux Voiles ?
Les voiliers classiques sont des bateaux construits avant 1976, ou dotés de lignes et de matériaux traditionnels, coques en bois, gréements anciens, formes d’eau d’époque. Ils constituent la catégorie la plus spectaculaire visuellement : des bateaux de 50 à 100 ans qui courent encore. Les voiliers modernes sont des régatiers contemporains, plus performants techniquement mais visuellement moins rares.
Quelle est la distance entre Cannes et Saint-Tropez en bateau ?
Environ 40 milles nautiques, soit deux heures de navigation depuis Cannes ou Golfe-Juan selon le bateau et les conditions. La route longe la corniche de l’Estérel, l’un des plus beaux passages côtiers de la Méditerranée, avant d’entrer dans le golfe de Saint-Tropez par le sud. L’aller-retour dans la journée est tout à fait réalisable.
