À l’entrée de Villefranche-sur-Mer, la profondeur atteint près de 100 mètres. Suffisamment pour accueillir les plus grandes flottes militaires de Méditerranée, et attirer, depuis sept siècles, toutes les puissances maritimes qui ont traversé la Riviera.
Anjou, Savoie, Empire russe, marine américaine, chacun a posé l’ancre ici, pour des raisons différentes, avec la même conviction : cette rade ne ressemble à aucune autre. Aucun n’est resté durablement. Mais tous ont laissé une empreinte. Et depuis un bateau, aujourd’hui, on voit exactement ce qu’ils ont vu.
1295 : une ville fondée pour sa rade
Villefranche-sur-Mer n’est pas née par hasard. En 1295, Charles II d’Anjou fonde une ville sur ce site précis, et lui donne un nom qui dit tout : « Villefranche », ville franche, exempte de taxes pour attirer les marchands. La raison de ce choix géographique est simple et immuable : la rade. Naturellement abritée des vents dominants, suffisamment profonde pour accueillir les plus grands navires de l’époque, elle est à cette période le principal port commercial de la région, bien avant que Nice ne développe le sien.
La Maison de Savoie comprend rapidement la valeur militaire du site. En 1557, le duc Emmanuel-Philibert fait construire la citadelle Saint-Elme sur le promontoire qui domine la rade. L’objectif est clair : protéger l’accès à l’eau. La citadelle existe toujours. Depuis la mer, on la voit exactement comme les navires ennemis la voyaient à l’époque, massive, imprenable, construite pour durer.
1858 : la Russie impériale s’installe
C’est l’épisode le moins connu de l’histoire de Villefranche, et le plus surprenant. Le 16 septembre 1858, la Russie obtient une concession formelle : le droit d’utiliser la rade de Villefranche comme base pour sa flotte impériale en Méditerranée. Le contexte est celui de la guerre de Crimée et du traité de Paris de 1856, qui interdit à la Russie d’avoir une marine militaire en mer Noire. Elle a besoin d’une base en Méditerranée. Elle choisit Villefranche.
Pendant vingt-six ans, les navires de guerre russes font escale ici. Des officiers s’installent en ville. Des familles s’établissent sur la Côte d’Azur. La présence russe sur la Riviera, dont Nice garde encore des traces dans ses toponymes et son architecture, a largement commencé ici, dans cette rade. La concession prend fin en 1884. Les navires repartent vers l’est. La rade, elle, reste.
1945-1966 : la 6e flotte américaine
Après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle puissance maritime découvre Villefranche. La marine américaine installe sa flotte méditerranéenne, qui devient officiellement la 6e flotte en 1948, dans la rade. Les mêmes raisons qu’en 1295 : la profondeur, l’abri naturel, la position géographique idéale entre les bases américaines d’Europe du Sud.
En mai 1956, Villefranche devient le port d’attache officiel du navire amiral de la 6e flotte. Pendant près de vingt ans, les uniformes américains font partie du paysage quotidien de Villefranche. Des bars, des restaurants, une économie entière s’organise autour de leur présence. Et en 1957, pendant cette période, Jean Cocteau décore la Chapelle Saint-Pierre, une petite chapelle de pêcheurs du XIVe siècle qu’il transforme en œuvre d’art totale, « en signe d’amitié » avec les habitants de Villefranche.
En 1966, Charles de Gaulle retire la France du commandement intégré de l’OTAN. Les Américains reçoivent l’ordre de quitter. La 6e flotte lève l’ancre et ne revient pas. Certains marins, dit-on, sont revenus à titre personnel, pour prendre leur retraite dans une ville qu’ils n’avaient pas réussi à oublier.
Ce que la rade donne depuis un bateau
Depuis la mer, Villefranche-sur-Mer se révèle différemment de ce que les touristes voient depuis le front de mer. La rade s’ouvre en entrant par l’est, 2,5 kilomètres de long, 1,5 kilomètre de large, avec les maisons colorées de la vieille ville qui tombent presque directement dans l’eau, et la citadelle qui domine tout depuis son promontoire. C’est une image que les siècles n’ont pas beaucoup modifiée.
L’eau y est particulièrement claire. La profondeur de la rade, et les courants qui la traversent, crée des conditions de visibilité exceptionnelles pour une zone aussi fréquentée. C’est pour cette raison qu’un observatoire océanographique y est implanté depuis des décennies, pour des observations quotidiennes du plancton en eau profonde.
Le mouillage devant Villefranche est l’un des plus demandés sur la route Nice – Villefranche – Monaco : abrité, accessible, avec une vue sur la vieille ville qui justifie à elle seule l’arrêt. Depuis un bateau au mouillage, la ville semble construite directement dans la pente, presque suspendue au-dessus de l’eau. Même en pleine saison, la configuration de la rade donne une sensation d’espace rare sur la Côte d’Azur. Le Cap Ferrat est à quelques encablures au sud-est, et Monaco apparaît au détour de la côte en continuant vers l’est.
Villefranche dans un itinéraire en bateau
Depuis Nice ou Golfe-Juan, Villefranche s’intègre naturellement dans une journée de navigation vers l’est. La rade est à vingt minutes de Nice, quarante-cinq minutes de Cannes. On y mouille, on nage dans une eau d’une clarté inhabituelle pour la Riviera, on longe la vieille ville en annexe si on veut s’arrêter à terre, et on repart vers le Cap Ferrat et Monaco pour finir la journée.
C’est précisément le programme que nos skippers proposent sur l’itinéraire Nice – Villefranche – Monaco, au départ de nos bateaux basés sur la zone Nice – Monaco. Villefranche y est souvent l’escale du milieu de journée, celle où le groupe ralentit, où on reste plus longtemps que prévu, où la conversation s’arrête au moment de regarder la citadelle depuis l’eau.
Depuis la rade, on comprend pourquoi Charles II d’Anjou a fondé une ville ici en 1295. Et pourquoi personne ne l’a vraiment quittée de son plein gré.
→ Organiser votre journée en bateau depuis Nice vers Villefranche et Monaco
FAQ – Villefranche-sur-Mer en bateau
Quelle est la profondeur de la rade de Villefranche-sur-Mer ?
La rade de Villefranche-sur-Mer atteint 80 à 100 mètres de profondeur à son entrée, ce qui en fait l’une des rades naturelles les plus profondes de Méditerranée. Cette profondeur exceptionnelle explique pourquoi elle a successivement accueilli la flotte russe puis la marine américaine au cours des XIXe et XXe siècles.
Peut-on mouiller à Villefranche-sur-Mer en bateau privatisé ?
Oui. La rade de Villefranche est accessible aux bateaux de passage et offre de bonnes conditions de mouillage, abritées des vents dominants. C’est l’une des escales les plus prisées sur la route entre Nice et Monaco, avec une eau particulièrement claire et une vue directe sur la vieille ville et la citadelle Saint-Elme.
Pourquoi la marine américaine était-elle à Villefranche-sur-Mer ?
La 6e flotte américaine s’est installée à Villefranche entre 1945 et 1966, attirée par les mêmes atouts que la flotte russe avant elle : une rade naturellement profonde, abritée et bien positionnée en Méditerranée. En 1956, Villefranche est devenu le port d’attache officiel du navire amiral. La présence américaine a pris fin en 1966, quand la France de De Gaulle s’est retirée du commandement intégré de l’OTAN.
Qu’a peint Jean Cocteau à Villefranche-sur-Mer ?
Jean Cocteau a décoré la Chapelle Saint-Pierre, une petite chapelle de pêcheurs du XIVe siècle, en 1957. Il y a réalisé un ensemble de fresques représentant des scènes de la vie de saint Pierre, « en signe d’amitié » avec les habitants et les pêcheurs de Villefranche. La chapelle est aujourd’hui l’un des sites artistiques les plus visités de la Côte d’Azur.