Cap d’Antibes en bateau : les Américains qui ont inventé l’été sur la Riviera

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Bastien

de Clapi Boats

Il y a une idée que tout le monde accepte sans la questionner : l’été sur la Côte d’Azur a toujours existé. Les pins, le soleil sur les rochers, les yachts devant Eden Roc. Comme si tout cela avait toujours été là. Ce n’est pas le cas. Avant 1923, il n’y avait pas d’été sur la Riviera. Et si cet été existe aujourd’hui, c’est parce que deux Américains ont refusé de rentrer chez eux et ont convaincu un hôtelier de ne pas fermer ses portes.

Le Cap d’Antibes est une presqu’île de quatre kilomètres qui ferme la baie entre Cannes et Antibes. Depuis la route, on n’en voit presque rien : des murs de pierre, des pins serrés, des grilles. C’est depuis la mer que le Cap révèle ce qu’il est vraiment, et ce qu’il a été.

Avant 1923, la Riviera fermait en mai

La Côte d’Azur a été inventée par les Anglais. Pas comme destination estivale, comme destination hivernale. À partir du milieu du XIXe siècle, l’aristocratie britannique descend sur Nice et Cannes dès novembre pour fuir le froid londonien. Ce sont eux qui construisent les grands hôtels, les promenades, les palaces. Lord Brougham, bloqué à Cannes en 1834 par une épidémie de choléra à la frontière piémontaise, y passe l’hiver et en parle dans toute l’Angleterre. La ville se couvre de villas anglaises.

Mais cette Riviera-là s’arrête au printemps. En mai, les hôtels ferment. La chaleur est jugée insupportable, la mer peu fréquentable, les insectes omniprésents. Le Cap d’Antibes, en été, est désert. La plage de la Garoupe, aujourd’hui l’une des plus fréquentées de la Méditerranée, est couverte d’algues. Personne ne s’en préoccupe. Personne n’y vient.

Cela reste vrai jusqu’en 1923.

L’été de deux Américains

Gerald et Sara Murphy sont américains, riches, et différents. Lui est héritier d’une maison de maroquinerie new-yorkaise (Mark Cross) ; elle est la fille d’un industriel de Cincinnati. Ils vivent à Paris depuis 1921, fréquentent Picasso et les Ballets Russes, et ont cette capacité rare de transformer n’importe quel endroit en centre de gravité.

En 1923, ils découvrent l’Hôtel du Cap, une grande villa blanche construite en 1870 pour Hippolyte de Villemessant, fondateur du Figaro, devenue hôtel en 1887. L’établissement ferme en mai comme tous les autres. Gerald Murphy convainc Antoine Sella, le directeur, de le garder ouvert pour eux. « Nous paierons ce que vous demanderez. » Sella accepte. C’est la première fois que l’Hôtel du Cap passe l’été ouvert.

Les Murphy descendent ensuite sur la plage de la Garoupe. Ils trouvent une étendue couverte d’algues brun-vert. Chaque matin, avant l’arrivée de quiconque, Gerald vient râteler le sable. Il dégages un carré. Il plante des parasols. Il recommence le lendemain. C’est ainsi que la plage d’été méditerranéenne : un homme, un parasol, un carré de sable propre, a été inventée.

Autour de ce carré de sable se construit quelque chose d’improbable. Les Murphy louent puis achètent une villa sur les hauteurs du Cap : Villa America. Ils y invitent leurs amis parisiens et new-yorkais : Pablo Picasso, Fernand Léger, Cole Porter, Archibald MacLeish, John Dos Passos. Et F. Scott Fitzgerald, qui arrive en 1925 avec Zelda et s’installe à Juan-les-Pins, juste de l’autre côté de la baie.

Fitzgerald a écrit l’été

Il faut imaginer ce que représente la Garoupe en 1925 pour comprendre ce qui se passe ici. Ce n’est pas encore une station balnéaire. C’est un jardin privé que deux Américains ont créé pour eux, sur une plage que personne ne voulait. Et dans ce jardin, quelques dizaines de personnes parmi les plus créatives du monde passent leurs journées à nager, à boire du rosé, à écouter de la musique.

Fitzgerald est fasciné et déstabilisé par les Murphy. Il les observe avec cette précision clinique qu’ont les grands romanciers pour les gens qui leur sont supérieurs. Il passe plusieurs étés sur la Riviera. Il prend des notes. Il y revient encore, pendant que sa vie se défait et que celle des Murphy aussi.

En 1934, paraît Tendre est la nuit. L’action se passe sur une plage de la Riviera, une plage que le lecteur reconnaît immédiatement comme la Garoupe, devant un hôtel qui ressemble trait pour trait à l’Hôtel du Cap. Dick et Nicole Diver sont les Murphy, pas exactement, jamais exactement dans les grands romans, mais assez pour que Gerald Murphy écrive à Fitzgerald, après avoir lu le livre : « Tu as vu des choses que je ne savais pas que tu voyais. »

Le Cap d’Antibes est ainsi entré dans la littérature mondiale comme l’image d’un bonheur précis, insouciant, solaire, légèrement irréel, et de sa disparition inévitable. Le roman est une élégie pour quelque chose qui existait encore quand il a été écrit et qui n’existerait plus quand il serait lu.

Ce que le Cap ne montre pas depuis la route

En dehors de la plage de la Garoupe et de quelques adresses connues, le Cap d’Antibes reste fermé à qui l’approche par la terre. Les villas disparaissent derrière les murs. Les jardins sont invisibles. Et les deux constructions qui disent le plus sur l’histoire de ce lieu ne se voient presque pas depuis la route.

La première est le Fort Carré. Le Cap a toujours été un lieu stratégique avant d’être un lieu de villégiature. Construction débutée en 1553 sous Henri II, quatre bastions en étoile, conçu pour défendre la frontière avec le duché de Savoie. En août 1794, un général de vingt-cinq ans y est emprisonné dix jours après la chute de Robespierre. Il s’appelle Napoléon Bonaparte. Il sera libéré faute de preuves suffisantes. L’histoire ne retient pas les preuves insuffisantes.

La seconde est l’Hôtel du Cap-Eden-Roc. Le pavillon Eden Roc, le restaurant suspendu sur les rochers, avec sa piscine taillée dans la roche en 1914, est devenu l’image la plus reproduite de la Riviera. Pendant des décennies, l’établissement n’a accepté que le cash. Pas de cartes bancaires, pas de chèques. On réglait en liquide, ou on ne réglait pas. Cette politique a duré jusqu’en 2012. Elle disait quelque chose sur la nature du lieu : certains endroits fonctionnent selon leurs propres règles, indépendamment du monde extérieur. C’est aussi ce que les Murphy avaient compris en 1923.

La seule façon de voir le Cap

Le Cap d’Antibes est une presqu’île. Son périmètre côtier : les calanques, les criques, les falaises du sud, est inaccessible par la route. Il n’y a pas de chemin. Les quelques sentiers du bord de mer butent rapidement sur des propriétés privées. La géographie du Cap est faite pour être regardée depuis la mer, pas depuis la terre. C’est aussi pour ça qu’une location de bateau au départ de Cannes ou Golfe-Juan reste la seule façon de voir le Cap d’Antibes en bateau tel qu’il est vraiment.

Depuis un bateau, le Cap change complètement. On longe des calanques que personne ne voit jamais depuis la route, des eaux d’un bleu-vert presque irréel, des fonds de posidonie parfaitement conservés, des rochers qui tombent droit dans cinq mètres de clarté. Le phare de la Garoupe apparaît sur les hauteurs, l’un des plus puissants de Méditerranée, visible à 50 kilomètres par temps clair. Au sud, les falaises de l’extrémité du Cap forment une ligne que Fitzgerald a vue depuis la plage pendant des étés et qui n’a pas changé.

L’anse au nord du Cap porte un surnom que les habitués connaissent bien : la baie des milliardaires. Le nom est trompeur. Ce n’est pas un plan d’eau pour superyachts ; la baie est trop petite, les fonds trop peu profonds. En été, elle se remplit de dayboats et de semi-rigides, exactement le format qu’il faut pour s’y faufiler. Les villas qui surplombent la crique appartiennent à des familles qui reviennent ici chaque été depuis des décennies. Depuis la mer, on comprend pourquoi personne ne repart.

On mouille généralement devant l’anse de l’Olivette, ou plus près de la Garoupe, à l’endroit même où les Murphy nageaient le matin avant de râteler leur carré de sable. La transparence de l’eau sur les herbiers est suffisante pour plonger à masque. En juillet et août, il faut arriver tôt. En mai ou juin, il n’y a presque personne.

Le Cap fait partie de l’itinéraire Cannes – Lérins – Cap d’Antibes que nous proposons au départ de Golfe-Juan – l’une des journées les plus complètes que la Riviera offre, entre l’histoire des îles le matin et les calanques du Cap l’après-midi. C’est aussi l’itinéraire qui permet de comprendre pourquoi ces deux kilomètres d’eau entre Cannes et le Cap concentrent autant d’histoires différentes dans un si petit espace.

Ce que les Murphy avaient compris

Gerald Murphy est mort en 1964. Sara en 1975. Villa America a été vendue, transformée, divisée. La plage de la Garoupe accueille chaque été des milliers de baigneurs qui ignorent généralement que cet été qu’ils vivent a été inventé là, par deux personnes qui avaient décidé que la saison ne s’arrêterait pas en mai.

Ce que les Murphy avaient compris, et que Fitzgerald a mis en mots, c’est que la Méditerranée n’est pas une destination de transit. C’est un endroit où l’on décide de s’arrêter et où, une fois arrêté, on ne repart jamais vraiment. Le Cap d’Antibes, depuis la mer, donne encore cette impression : que quelqu’un a fait le choix délibéré de rester ici, et que ce choix a changé quelque chose.

Depuis Cannes ou Golfe-Juan, le Cap est à vingt minutes. Moins longtemps qu’il n’en faut pour trouver une place de parking en août.

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FAQ – Cap d’Antibes en bateau

Peut-on mouiller librement au Cap d’Antibes ?

Oui, plusieurs zones de mouillage sont accessibles autour du Cap, notamment devant l’anse de l’Olivette et la plage de la Garoupe. Certaines zones sont protégées (herbiers de posidonie) : il faut utiliser les bouées d’amarrage disponibles ou mouiller sur sable. En juillet-août, les meilleures places sont prises tôt le matin.

Quelle est la meilleure période pour visiter le Cap d’Antibes en bateau ?

Mai, juin et début septembre offrent les meilleures conditions : eau claire, moins de trafic maritime, mouillages disponibles. Juillet et août restent excellents mais plus fréquentés – il faut arriver en début de matinée pour les meilleures positions.

Peut-on visiter le Fort Carré depuis la mer ?

Le Fort Carré se visite à pied, depuis Antibes. Depuis le bateau, on voit clairement sa structure en étoile depuis la mer – il se distingue nettement à l’entrée du port d’Antibes. Pour la visite intérieure, il faut s’amarrer au port Vauban et rejoindre le fort à pied (environ 15 minutes).

L’Hôtel du Cap-Eden-Roc est-il accessible par la mer ?

Le pavillon Eden Roc est directement sur les rochers, côté mer. On peut passer au large et voir clairement la piscine taillée dans la roche. L’accès par bateau privatif pour les clients de l’hôtel existe, mais l’amarrage devant l’établissement n’est pas public.

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