Saint-Tropez en bateau : le village qui a été inventé trois fois

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Bastien

de Clapi Boats

On pense savoir comment Saint-Tropez est devenu Saint-Tropez. Bardot, Vadim, 1956. C’est vrai. Mais ce n’est que la troisième version de l’histoire.

Saint-Tropez a été inventé trois fois. Trois fois par des gens qui arrivaient par la mer et qui ont décidé de rester. Ce que le golfe montre depuis un bateau, c’est l’addition de ces trois histoires, superposées, visibles à qui sait où regarder.

Première invention : un bateau sans capitaine (68 après J.-C.)

Avant d’être un village, avant d’être un nom, Saint-Tropez était un rivage anonyme de Provence. Ce qui change tout arrive par la mer, comme toujours ici.

Torpes est officier dans l’armée romaine, stationné à Pise. Il se convertit au christianisme et refuse d’abjurer sa foi devant Néron. Il est décapité aux alentours de l’an 68. Son corps est placé dans une petite embarcation avec un coq et un chien, censés dévorer la dépouille avant qu’elle n’arrive nulle part. La barque est poussée au large.

Elle arrive sur les côtes de Provence. Intacte. Les habitants recueillent les restes et fondent un culte autour de ce saint dont ils ignorent presque tout. Le village qui se développe prend le nom de Torpes, qui devient, par les déformations successives du latin au provençal, Saint-Tropez.

Chaque année, les 16, 17 et 18 mai, Saint-Tropez célèbre la Bravade, une procession armée où les habitants défilent en costumes d’époque et tirent des salves de mousquets dans les ruelles. C’est l’une des fêtes traditionnelles les plus anciennes de Provence, et elle commémore précisément cette arrivée par la mer. Des milliers de touristes assistent chaque année à cette fête sans savoir qu’ils voient rejouer l’acte fondateur de la ville.

Saint-Tropez a donc été fondé par un corps qui arrivait du large sur un bateau que personne ne conduisait. C’est une origine qui dit quelque chose sur le caractère du lieu : il a toujours appartenu à ceux qui arrivent, pas à ceux qui administrent.

Deuxième invention : un peintre et une tempête (1892)

En 1892, Saint-Tropez est un village de pêcheurs d’environ trois mille habitants, sans route carrossable, accessible principalement par la mer. Il est connu des marins qui longent la côte, et de personne d’autre. Paul Signac, peintre pointilliste parisien, le découvre par accident.

Signac navigue le long des côtes méditerranéennes à bord de son voilier, l’Olympia. Une tempête le force à chercher un abri dans le golfe. Il mouille, descend à terre, et est immédiatement frappé par la lumière, cette lumière particulière du golfe de Saint-Tropez, qui tombe sur les façades roses et ocre du port avec une netteté que les peintres de l’époque ne connaissent pas encore. Il loue une chambre. Il peint. Il revient l’année suivante. Il achète une villa sur les hauteurs du village, La Hune, et décide de ne plus repartir vraiment.

Signac est une figure centrale du milieu artistique parisien. Quand il parle de Saint-Tropez, ses amis l’écoutent. En 1904, Henri Matisse arrive passer l’été chez lui. Ce séjour change tout : Matisse peint « Luxe, calme et volupté » à Saint-Tropez, une toile considérée comme l’acte fondateur du fauvisme, le mouvement qui va révolutionner la peinture du XXe siècle. Théo van Rysselberghe, Henri Cross et d’autres suivent. Le Musée de l’Annonciade, dans l’ancienne chapelle du port, conserve aujourd’hui notamment des œuvres issues de cette période, ces toiles peintes sur les quais et dans les ruelles de Saint-Tropez à cette époque.

Ce que Signac a compris en mouillant dans le golfe en 1892, c’est la même chose que ce que Torpes avait signalé malgré lui dix-huit siècles plus tôt : cet endroit fait quelque chose aux gens. Il les retient. La tempête qui avait forcé Signac à s’arrêter était peut-être le meilleur service que le Var lui ait jamais rendu.

Troisième invention : une actrice et une caméra (1956)

En 1956, Saint-Tropez est toujours un village de pêcheurs. Connu des artistes, fréquenté par quelques familles bourgeoises qui ont découvert le lieu via Signac et ses cercles, mais pas encore une destination internationale. Roger Vadim y vient tourner un film. Il cherche un décor authentique, pas encore galvaudé. Il amène avec lui l’actrice qu’il vient d’épouser : Brigitte Bardot.

« Et Dieu… créa la femme » sort en France en novembre 1956. Le film est un succès modéré en Europe. Aux États-Unis, il devient un phénomène : premier film français à dépasser le million de dollars de recettes outre-Atlantique. Les Américains découvrent Bardot, et avec elle, ce village aux façades colorées, cette lumière, cette mer. Les magazines suivent. Les photographes s’installent. Les célébrités arrivent.

Bardot elle-même tombe amoureuse de l’endroit. Elle achète La Madrague, une villa en bord de mer, et en fait sa résidence principale pendant des décennies. Mais Bardot ne fait pas que rendre Saint-Tropez célèbre. Elle en fait un mode de vie exportable, le soleil, la liberté, la mer, sans le protocole de la Riviera cannoise. C’est une idée neuve en 1956. Elle voyage dans le monde entier. Ce qu’on oublie, c’est qu’elle n’a pas choisi Saint-Tropez parce qu’il était célèbre. Elle l’a choisi parce qu’il ne l’était pas encore, et elle a fait exactement ce que Signac avait fait soixante-quatre ans avant elle : elle est arrivée, elle a aimé, elle est restée.

Ce que les trois inventions ont en commun

Torpes est arrivé par la mer. Signac est arrivé par la mer. Les Alliés qui ont libéré la ville le 15 août 1944, dans le cadre du débarquement de Provence, sont arrivés par la mer, les commandos français ont pris pied sur les plages de la presqu’île dans la nuit qui précède les grandes vagues d’assaut. Et les touristes qui arrivent aujourd’hui en ferry ou en bateau privatisé depuis Cannes reproduisent exactement le même geste, sans nécessairement le savoir.

Saint-Tropez est un lieu qui se donne par la mer et se ferme par la terre. Depuis la route en été, le village est une succession d’embouteillages, de parkings saturés et de navettes bondées. Depuis le golfe, c’est autre chose : la citadelle du XVIe siècle qui domine les toits, le clocher de l’église visible à plusieurs milles, les façades du port qui n’ont pas changé depuis les toiles de Signac. La vue que Matisse a eu en arrivant en bateau en 1904 est à peu de choses près la même que celle qu’on a aujourd’hui.

Saint-Tropez depuis la mer

Le golfe de Saint-Tropez est l’un des plus protégés de Méditerranée, entouré par la presqu’île au sud et les collines de l’Estérel au nord, il crée une étendue d’eau calme, bleue, presque fermée. Depuis un bateau, on entre dans le golfe par l’ouest et la silhouette de Saint-Tropez apparaît progressivement, exactement comme elle apparaissait à Signac depuis l’Olympia.

La presqu’île elle-même se longe par le sud, les calanques de Ramatuelle, le cap Camarat avec son phare blanc, les criques de Pampelonne accessibles uniquement par la mer ou à pied depuis les plages. Les eaux de la presqu’île sont parmi les plus claires du littoral varois : fonds de posidonie, rochers à fleur d’eau, transparence suffisante pour voir le fond à huit mètres. C’est ici que les bateaux mouillent en été, face aux pins et aux vignes qui descendent jusqu’à la mer.

L’itinéraire Saint-Tropez – Golfe de l’Estérel que nous proposons combine le golfe, les calanques de la presqu’île et les roches rouges de l’Estérel, trois paysages complètement différents dans la même journée. C’est l’une des navigations les plus variées de la Riviera, et l’une des plus recherchées par nos clients qui veulent sortir du périmètre Cannes-Antibes.

Au départ du Var, naviguer entre Saint-Tropez et l’Estérel permet de couvrir l’ensemble du golfe dans la même journée, le village le matin, les calanques de la presqu’île l’après-midi. Arriver à Saint-Tropez par bateau avant les ferries, quand le port est encore calme, c’est comprendre pourquoi Signac n’est jamais vraiment reparti.

Ce qui n’a pas changé

Les trois inventeurs de Saint-Tropez ont tous vu la même chose en arrivant : un golfe protégé, une lumière particulière, des façades qui semblent faites pour être peintes ou filmées. Ce n’est pas un hasard si un saint, un peintre et une actrice ont fait le même choix, au même endroit, à des siècles d’intervalle. Ce n’est pas eux qui ont inventé Saint-Tropez. C’est le lieu qui les a retenus.

Signac l’a compris sous une tempête de 1892. Torpes l’avait signalé dix-huit siècles avant lui, sans le savoir. Depuis la mer, la citadelle, les façades, la lumière, tout est encore là. Le décor est venu avant tout le reste. Il a simplement attendu que les bonnes personnes arrivent par le bon côté.

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FAQ – Saint-Tropez en bateau

Peut-on aller à Saint-Tropez en bateau depuis Cannes ?

Oui. La traversée depuis Cannes ou Golfe-Juan prend environ 1h30 à 2h selon le bateau et les conditions. C’est l’un des trajets les plus agréables de la Riviera, on longe l’Estérel, on entre dans le golfe par l’ouest, et on arrive au port par la mer plutôt que par l’autoroute. En été, c’est aussi la façon la plus rapide d’arriver : les routes du Var sont saturées de juin à septembre.

Où mouiller autour de Saint-Tropez ?

Les meilleures zones de mouillage sont dans les calanques de la presqu’île, notamment devant les plages de Pampelonne et les criques de Ramatuelle. Le golfe lui-même (côté Grimaud, Sainte-Maxime) offre des mouillages plus abrités. En été, il faut arriver tôt le matin pour les meilleures places. Certaines zones sont protégées par des herbiers de posidonie, des bouées d’amarrage sont disponibles.

Qu’est-ce que la Bravade de Saint-Tropez ?

La Bravade est la fête traditionnelle de Saint-Tropez, célébrée chaque année les 16, 17 et 18 mai. Elle commémore l’arrivée du corps de Saint-Tropez (Torpes) sur les côtes de Provence. Les habitants défilent en costumes d’époque et tirent des salves de mousquets dans les rues du village. C’est l’une des fêtes les plus colorées de Provence, et l’une des plus anciennes , la tradition remonte au XVIe siècle.

Quelle est la meilleure période pour visiter Saint-Tropez en bateau ?

Mai et juin sont idéaux : la mer est déjà chaude (18-22°C), les calanques sont accessibles sans la foule de juillet-août, et les mouillages sont disponibles. Septembre offre les mêmes avantages avec une mer encore plus chaude. Juillet et août restent magnifiques mais très fréquentés, il faut prévoir de partir tôt le matin pour les meilleures positions.

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